Tenby 1940 : Quand tout a (re-)commencé

When it all (re)started
Toen het allemaal (opnieuw) begon

May 25, 1940. Withdrawn on the Lys, while the English have already re-embarked for several days, the Belgian army is completely surrounded and the disaster of an imminent capitulation is looming. It will inevitably occur three days later. Two men will react, take matters in hand and each in their own way, despite their certain age, these "quasi-retirees" will achieve the impossible: restore the authority – much compromised – of a government, start from zero to create from scratch in Tenby (Wales – UK) a "Free Belgian Force" which, although relatively modest, would finally succeed in putting Belgium in the winning camp.

Google translation from the French version

25 mei 1940. Teruggetrokken op de Leie, terwijl de Engelsen al enkele dagen weer aan boord zijn, is het Belgische leger volledig omsingeld en dreigt het onheil van een op handen zijnde capitulatie. Het zal onvermijdelijk drie dagen later plaatsvinden. Twee mannen zullen reageren, het heft in eigen hand nemen en elk op hun eigen manier, ondanks hun bepaalde leeftijd, zullen deze "quasi-gepensioneerden" het onmogelijke bereiken: de autoriteit – veel gecompromitteerd – van een regering herstellen, vanaf nul beginnen om helemaal opnieuw te creëren in Tenby (Wales – VK) een "Free Belgian Force" die, hoewel relatief bescheiden, er uiteindelijk in zou slagen om België in het winnende kamp te plaatsen.

Google-vertaling van de Franse versie

Deux hommes dans la guerre

Emile de Cartier de Marchienne

25 mai 1940. Repliée sur la Lys, alors que les Anglais, depuis plusieurs jours, rembarquent déjà, l’armée belge est totalement encerclée et le désastre d’une capitulation imminente se profile. Elle surviendra inévitablement trois jours plus tard.

Deux hommes vont réagir, prendre les choses en main et chacun à leur manière, malgré leur âge certain, ces « quasi-retraités » vont réaliser l’impossible : restaurer l’autorité – fort compromise – d’un gouvernement, repartir de zéro pour créer de toutes pièces à Tenby (Wales – UK) une « Free Belgian Force » qui, quoique relativement modeste, allait finalement réussir à mettre la Belgique dans le camp des vainqueurs.

Le premier de ces hommes, c’est Emile de Cartier de Marchienne. Doyen du corps diplomatique, il a 69 ans et très largement dépassé l’âge de la retraite. Il est depuis 1927 notre inamovible ambassadeur à Londres et il a derrière lui une longue carrière ponctuée de succès. N’est-ce pas lui qui, aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale, réussit à transformer l’image de la poor little Belgium à celle de brave little Belgium ? Pour l’heure et en ces jours sombres de mai, l’ambassadeur doit tourner dans son bureau comme un ours en cage. La France est perdue et il le sait. Reynaud l’a téléphoné à Churchill dès le matin du 15, alors que le front venait d’être rompu à Sedan. L’armée belge s’est vue coupée de ses alliés, le gouvernement est on ne sait trop où, éparpillé au Havre, à Paris ou déjà à Poitiers. Quatre ministres sont restés à Ostende, non loin du Roi qui loge à Wynendaele : il y a là le Premier Pierlot, Spaak (affaires étrangères), Vanderpoorten (intérieur) et Denis (défense). Tous les quatre trépignent pour fuir en France avec le Roi. On laisserait à son sort l’armée prisonnière. On se réorganiserait à l’abri des forces françaises qui comme en 14 auraient stoppé l’ennemi sur la Marne. Que d’illusions…

Le deuxième homme, c’est Victor van Strydonck de Burkel. On le connait surtout pour avoir, le 19 octobre 1918 chargé l’ennemi à la tête de son groupe au travers de plusieurs lignes de mitrailleuses. C’était à Burkel (d’où ce noble ajout à son nom) probablement le dernier combat au monde remporté victorieusement par une charge de cavalerie. Mais c’est là une autre époque. Nommé lieutenant général en 1933, van Strydonck avait été brièvement admis à la retraite en 1938 mais dès la mobilisation du 1er septembre 1939 il avait aussitôt repris du service et dirigeait à 63 ans la première circonscription militaire.

Les retrouvailles du 23 mai

Comment ces deux hommes vont-ils se rencontrer ou plus exactement se retrouver ? En effet, ils se connaissent. Ce sont, au sens ancien du terme, des aristocrates issus du même milieu où les rencontres sont fréquentes. Ils étaient à Londres en 1934 quand van Strydonck, suite au décès d’Albert 1er, était membre de la mission belge à l’occasion du couronnement de Léopold. Il existe encore quelques clichés où on les voit ensemble arborer bicornes emplumés, dorures et uniformes chamarrés. Cependant, quelques jours avant que ne débute notre histoire, ils sont encore loin de se douter de leurs retrouvailles. En effet, après avoir évacué Bruxelles le 16, le général se trouve le 19 mai à Aartrijke où la Défense, pressentant sans doute la tournure des opérations, le charge de se rendre en France pour y regrouper les forces belges qui s’y trouvent. Il part donc à 14h avec deux adjoints (le commandant Pascal Maka et le capitaine Achille Géhénot) et deux voitures. Se frayant le passage au milieu des réfugiés, il faut trois heures aux officiers pour gagner Lille où ils trouvent les Français en pleine déroute. La nuit même, cette ville où ils logent tant bien que mal est bombardée et devra être évacuée dès le lendemain. Le matin du 20 mai, le petit groupe tente de retourner au QG de Flandre-Occidentale, mais ce n’est plus possible. Le général et ses officiers sont pris au piège avec une colonne de l’armée française. Les Allemands, déjà parvenus à Abbeville, leur barrent la route du sud. Un officier français vient proposer aux Belges de placer leurs véhicules en tête de colonne, derrière un blindé léger. « Nous chercherions à forcer le passage. Accepté. », note le général dans son « log book ». La colonne ainsi formée s’avance vers l’ennemi et ne tarde pas à essuyer son feu. Le blindé français répond, mais est rapidement mis hors d’usage. Les voitures des officiers belges sont mitraillées et seront incendiées avec tous leurs bagages. Les voilà dans le fossé mais sains et saufs car au dernier moment et sous les balles, ils ont pu les évacuer à pied. Pour éviter la capture et échapper aux Stukas, c’est toute la nuit du 20 au 21 qu’ils marchent jusqu’à Montreuil-sur-Mer. Le lendemain ils partent pour Boulogne où ils cherchent un bateau, seul moyen d’évasion possible. Ce 22 mai, constate le général (on est alors six jours avant la capitulation de l’armée belge encerclée), « le BEF (British Expeditionary Force) rembarque. Les Anglais abandonnent tout. Ils gardent seulement les hommes. » Après plusieurs refus, ils prennent la mer pour Douvres le 22 mai à 16h50. Ils y logent et c’est le 23 au matin vers 11h qu’ils arrivent enfin à Londres pour se rendre aussitôt à l’ambassade.

Les ministres débarquent

C’est avec l’étonnement que l’on devine que Cartier voit arriver van Strydonck, encore couvert de la poussière de son mitraillage. En grand seigneur, l’ambassadeur donne à ses hôtes quelques heures de repos et quelques bonnes adresses londoniennes où dès le lendemain, miracle de la compétence et de l’efficacité britannique, ils réussiront à se rééquiper. Le 24, l’ambassadeur recevra longuement le général, qui pourra lui communiquer des informations de première main, tant sur la déroute totale des Français que sur le fait que les Britanniques abandonnent le continent. Nous en arrivons donc au 25 mai, quand, surprise, débarquent à Londres les quatre ministres ostendais. Ils sortent tout juste de cette fameuse entrevue ou « drame » de Wynendaele qui vit à l’aube leur rupture avec le Roi, les ministres ne parvenant pas à convaincre Léopold d’abandonner son armée pour les suivre en France. Bloqués à Ostende, ils durent leur salut à la vedette rapide de l’amiral Roger Keyes, attaché militaire anglais auprès de l’État-Major du Roi, qui permit à son « skipper » de les transborder de l’autre côté du Channel.

Voilà donc nos ministres à Londres, qu’ils désirent quitter au plus vite. Les services de l’ambassade leur trouveront le jour même un avion pour s’envoler rejoindre leurs collègues en France. Tous sont encore persuadés de pouvoir y poursuivre la lutte. Mais Cartier est d’un tout autre avis. Il est à ce moment le seul à croire que l’espoir d’une résistance se trouve en Angleterre et nulle part ailleurs. Ce 25 mai il a sous la main, ne fût-ce que quelques heures, le ministre de la Défense Denis et il compte bien en profiter. Bien sûr, le rôle d’un diplomate n’est pas de dicter sa conduite au politique mais il peut suggérer : « Figurez-vous que le général van Strydonck vient juste d’arriver, échappant à l’ennemi. C’est notre plus haut gradé ici et dans le domaine de la conscription militaire il a toute l’expérience requise. Il y a des Belges qui arrivent avec les Britanniques évacuant la poche de Dunkerque. Pourquoi ne pas le charger de regrouper nos forces en Grande Bretagne ? »

Denis se laisse convaincre et fait immédiatement appeler l’intéressé (qui devait attendre dans l’antichambre) :

  • Et une fois ces forces regroupées, vous me les renverrez en France ?
  • Oui, assure le général, si je puis moi-même y rejoindre l’armée.
  • C’est promis, vous nous rejoindrez dans quelques semaines ! Créez ce camp et prenez-en le commandement ! conclut Denis.

Dans le résumé conservé au Musée de l’Armée qu’il fera plus tard de cette entrevue, le général, très soucieux d’agir en militaire et dans le respect du politiquement correct, en attribuera entièrement l’initiative au ministre :

Le Ministre de la D.N., lieutenant général Denis arrive à Londres. Il me fait appeler et me dit qu’il organise un centre de regroupement des militaires belges arrivés en grande Bretagne, que je suis la seule autorité belge présente à ce moment et qu’il me désigne pour prendre le commandement de ce centre. Sur interpellation de ma part il me promet que dans quelques semaines, quand le camp de regroupement sera organisé, je rejoindrais l’armée belge en France.

Il est toutefois trop clair que le ministre n’avait en débarquant à Londres aucune idée de la présence du général et qu’il faut voir dans l’initiative la main inspirée de l’ambassadeur !

de Cartier et van Strydonck, les artisans du sursaut belge

Tenby

Sitôt autorisé à l’action par Denis, van Strydonck ne perdit pas une minute. Travaillant toujours étroitement avec Cartier, il obtient son camp en quelques heures, le 25 mai, suite à un entretien entre le « War Office » britannique et le Capitaine-Commandant Breveté d’État-Major (BEM) Charles Cumont (adjoint de l’Attaché Militaire belge à Londres). Un premier contingent fait route dès le 26 mai vers Haverfordwest, mais arrivés le 27, ils y trouvent les Hollandais qui les ont précédés. On gagne donc Tenby et c’est là, le 28 mai, le jour même de la capitulation belge, mais trois semaines avant le fameux appel du général de Gaulle, que le général peut enfin prendre la tête du Camp Militaire Belge de Regroupement (CMBR).

Au début, dans cette petite bourgade côtière perdue à l’extrême sud du Pays de Galles, ces Belges durent former, comme des historiens contemporains tels Gérard-Libois et Gotovich, l’on noté trop ironiquement « un ensemble curieux : beaucoup d’officiers, réservistes pour la plupart, peu d’hommes de troupe, le tout entourant un lieutenant général d’âge respectable ». Cependant, l’accueil à Tenby était d’une utilité évidente. Comme l’a souligné Frank Decat, « Heureusement pour les premiers Belges qui aboutirent en Grande-Bretagne il y avait le vieux général van Strydonck de Burkel qui les a accueillis à Tenby, une ville côtière du Pays de Galles, que des immigrants flamands auraient fondée au XIIe siècle. »

Il fallait en effet partir de rien, en improvisant et faisant preuve d’initiative. Faire littéralement le siège des autorités britanniques pour obtenir de meilleures conditions matérielles, s’atteler à maintenir le moral d’une troupe qui allait rapidement compter plusieurs centaines de soldats et enrayer avec souplesse les inévitables insubordinations. Le général organisait des exercices et notamment le défilé du 21 juillet. Il mobilisait le contingent belge dans les activités de la Home Guard, chose très appréciée en ces jours où l’on pensait imminente une invasion de l’île. La ville de Tenby et son maire accueillirent très chaleureusement le contingent belge, qui établit son QG à l’Atlantic Hotel et s’efforça de se rendre utile, construisant pour les habitants deux abris anti-bombardement.

S’il y avait au début peu d’hommes de troupe à Tenby et beaucoup trop d’officiers réservistes, ce qui alimenta maintes critiques, c’est aussi parce qu’à cette époque et pour honorer ses engagements le général a dû renvoyer en France près de 500 hommes début juin. On recasait aussi le plus vite possible certaines forces vives dans les unités combattantes. C’était en particulier le cas des marins et des pilotes, comme Offenberg et Demoulin, lequel dans ses mémoires « Mes oiseaux de feu » se montrera assez acerbe envers les officiers subalternes de ce groupe de réservistes.

Les effectifs du CMBR gonflent rapidement. Une semaine après le passage d’Offenberg, le 21 juillet, ils comptent déjà 462 hommes. Dès le mois d’août, on assiste à la formation de l’unité combattante et de l’unité de pionniers, ainsi qu’à la création de la 1re Compagnie de Fusiliers (Cdt. Legrand – 20 août) qui s’installe à Llanelly et de la 2e Compagnie de Fusiliers (Lt. Smekens – 25 août) qui rejoint Penally. L’effectif du CMBR est alors de 692 hommes, et de 900 dès l’automne après que 1 564 militaires y soient passés. Ces unités seront entrainées au Royaume-Uni et au Canada. Des Belges issus de tous les coins du monde les rejoindront de sorte que l’on n’y parlera pas moins de trente-trois langues différentes.

Légendes, fake news, errances…

Parmi les quelques jeunes enthousiastes qui rejoignirent le CMBR, il y aura maintes personnalités attachantes, comme le jeune Jacques Wanty, qui dans son livre « Combattre avec la brigade Piron » rendra au général un chaleureux hommage :

« Sa personne imposait le respect unanime et l’homme avait une présence indiscutable. Son comportement fut un facteur de cohésion et son attitude facilita grandement le franchissement d’une période exceptionnellement difficile. Je lui garde personnellement une sincère reconnaissance ».

Wanty était pourtant, comme tant d’autres, aux prises avec toutes les frustrations de l’époque : ce n’est pas en un jour qu’on recrée une armée de terre. Alors qu’aviateurs et marins se battaient déjà, les autres devaient attendre, attendre toujours et ronger leur frein. L’inaction forcée était l’occasion pour les plus anciens d’inventer des fables et de les faire gober aux « bleus ». Wanty, arrivé fin juin, reproduit un de ces bobbards dans son livre : selon ce qu’on lui a dit, le général serait arrivé dès le 15 mai en Angleterre, « rappelé de sa retraite pour diriger une petite commission d’achat de chevaux, domaine où il était expert, puis placé par le destin à un poste auquel rien ne le préparait ». L’anecdote collait sans doute à l’image de « vieux sabreur » que certains ont voulu donner à van Strydonck. Elle s’est répandue et a été reprise sans vérification, même par des historiens que l’on croirait à priori sérieux comme Luc De Vos ou Hugues Wankin. Mais si en marge cette légende il est bien un domaine où van Strydonck a pu exercer ses talents de chef et de « Generaal Koopman » c’est celui de l’équipement : Durant cinq mois, il a dû travailler seul avec le soutien constant de l’ambassade, de la ville de Tenby (qui l’a par après nommé citoyen d’honneur) et de quelques autorités britanniques : se pourvoir en uniformes, lingerie, bottines, armement, logement, logistique, savon, etc., accueillir les nouveaux venus, motiver les hommes dans les deux langues nationales, organiser des défilés faute de champ de bataille, rajeunir le cadre, faire montre d’une volonté constante de ne pas baisser les bras et d’éviter toute démobilisation.

De son côté durant ces cinq mois cruciaux qui vont de la fin mai à la fin octobre, l’ambassadeur de Cartier entame un autre combat : il s’agit d’établir à Londres un gouvernement belge. On est bien loin du compte : alors même que la capitulation française devenait prévisible, les ministres avaient refusé tout transfert en Grande-Bretagne et une proposition d’y transférer l’aviation avait été immédiatement repoussée. Le 31 mai à Limoges, devant les parlementaires présents, le gouvernement s’était aligné sur les discours mensongers de Paul Reynaud voulant voir dans l’inévitable capitulation belge une sorte de félonie. Le 16 juin, alors que Pétain vient d’implorer l’armistice (qui entrera en vigueur le 25), le gouvernement refuse encore son transfert en Angleterre. Seul le ministre De Vleeschauwer chargé de la colonie peut partir pour Lisbonne. Le ministre de la Santé publique Marcel-Henri Jaspar a profité d’un bateau pour voguer vers Londres sans en aviser clairement ses collègues et ses fonctionnaires, ce qui lui vaudra sa révocation. Le 18 juin, le gouvernement calque son attitude sur celle de Pétain et déménage à Vichy. Le 27 juin, depuis Vichy où il s’est installé avec Pétain et essaye sans succès d’éveiller quel qu’intérêt de l’occupant, ayant bien oublié ses velléités d’armée en exil, le Premier ministre Hubert Pierlot annoncera publiquement que la lutte est définitivement terminée et que le rôle du gouvernement se borne désormais à assurer le retour des Belges dans leur pays. Le gouvernement se fait donc l’instrument involontaire de l’internement pour cinq ans du gros de l’armée belge dans les stalags et oflags allemands ! Pour Cartier c’est une honte qu’il ne peut accepter. Le 20 juin déjà, il a reçu de Spaak un télégramme teinté de défaitisme : on le presse d’informer les Britanniques que le gouvernement belge abandonne toute lutte contre l’Allemagne nazie ! Cartier ne transmettra pas ce télégramme. Il a ses entrées directes à White Hall et face à Anthony Eden – alors nouveau War Secretary de Churchill, il transmet verbalement un message quelque peu édulcoré : « dans la mesure où les Français se verraient contraints d’arrêter leurs opérations militaires, il est évident que la Belgique devra elle aussi cesser le combat en France… ». La réaction du britannique est attendue et immédiate : il exhorte à poursuivre la lutte et invite aussitôt le gouvernement belge à Londres. L’ambassadeur ne se le fait pas dire deux fois ! Au cours des jours, des semaines et des mois suivants, Cartier bombarde les membres du gouvernement de messages pressants, leur envoie des émissaires et accumule les arguments pour qu’ils se rendent dans la capitale britannique. Il finira par y parvenir, au moins en partie, ralliant de Vleeschauwer d’abord, puis Gutt le 8 août et finalement Spaak et Pierlot qui après de longues hésitations quitteront fin août leur abri de Vichy pour arriver à Londres fin octobre où un nouveau gouvernement pourra se reformer.

Retour du politique

Nos deux hommes avaient eu leurs cent jours. Cinq mois en vérité, durant lesquels ils avaient seuls tenu entre leurs mains, en l’absence de tout gouvernement, les rênes fragiles d’un sursaut belge. Ils allaient connaître ensuite un sort similaire : de Cartier, comme le relate sa petite nièce Marguerite Yourcenar dans ses « Souvenir Pieux » s’est vu quelque peu reléguer à l’arrière-plan de fait de l’arrivée de Spaak et Pierlot qu’il avait tant œuvré à rallier. Il en aurait conçu quel qu’amertume. Le pouvoir n’aime pas partager. L’ambassadeur continuera de mener de front de nombreuses activités et la coordination de l’effort de guerre belge. Il servira de relais entre Spaak qui ne parle pas l’anglais, le corps diplomatique londonien et le Foreign Office. Il décède le 10 mai 1946. Dans ses mémoires, Spaak en fait l’éloge dans l’un de ses longs panégyriques.

De son côté, van Strydonck fut aussitôt confirmé comme commandant en chef des « Forces Belges Libres » (Free Belgian Forces) officiellement créées par le nouveau gouvernement. Il savait bien pourtant qu’il fallait sur le terrain à l’armée renaissante un chef plus jeune, capable de mener un jour la troupe à la bataille. Ce chef, on le trouvera après bien des erreurs, mauvais choix, démissions, grognes et tâtonnements en la personne de Jean-Baptiste Piron, un major évadé arrivé début 1942. Le général, après avoir présidé à la mise sur pied progressive de la 1ère brigade belge d’infanterie qui allait s’illustrer plus tard lors de la libération, devint en août 1941 inspecteur général des forces terrestres belges en Grande-Bretagne et en 1944 chef de la mission militaire belge auprès du général Eisenhower au SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). Piron qui avait du caractère et du franc-parler n’hésitait pas à bousculer la hiérarchie et les « officiers-fonctionnaires » d’Eaton Square. Il pouvait être dur avec ceux qu’il considérait comme médiocres. Van Strydonck et lui s’entendirent fort bien : la fougue de l’un, le bon sens, l’honnêteté et le calme de l’autre s’épaulèrent. Comme Piron le rappelle dans ses mémoires,

« Nous avions à Londres un solide appui en la personne du général van Strydonck de Burkel. Il fut toujours pour moi un guide précieux. C’était pour nous une joie de l’accueillir lors de ses inspections et de profiter des conseils que son solide bon sens et sa grande expérience des choses militaires nous prodiguaient ».

Dans leur propre récit des événements, bien des historiens et biographes de l’an 40 semblent tout ignorer des dates et circonstances exactes de la mission du général. Alors qu’il semblait unanimement apprécié tant par nos troupes que par les alliés, le gouvernement n’attendit même pas la fin des hostilités pour le mettre définitivement à la retraite le 26 janvier 1945. Quant à Spaak, il ne mentionnera même pas son nom. Les tenants du pouvoir n’aiment pas trop les militaires, surtout quand ils doivent prendre les commandes pour compenser leurs propres défaillances…

Bibliographie

Cet article est basé sur un texte du même auteur, où figurent en détail toutes les notes bibliographiques :
Patrice-Emmanuel SCHMITZ, Tenby 1940 – La mission du général Van Strydonck de Burkel, Militaria Belgica décembre 2021.

Patrice-Emmanuel SCHMITZ

Principales sources d’information :

  • E. Cammaerts, Un grand ambassadeur, Emile de Cartier de Marchienne, in Revue Générale Belge, juin 1946.
  • Log book 1940-1944 du général van Strydonck (annoté durant ces journées de mai par son compagnon le Cap-Cdt GEHENOT), intégralement publié en 2020 par Charles-Albert HOUTART, éditeur (dépôt légal D/2020).
  • Jacques WILLEQUET, Emile de Cartier de Marchienne, in Biographie nationale de Belgique, Tome XXXII, Brussel, 1964, col. 88-89.
  • Hans ROMBOUT, Victor van Strijdonck de Burkel in “KAVB (Koninklijke Academiën van België) Nationaal Biografisch Woordenboek N°22” – Brussel 2016 – 1071-1072.
  • Henri BERNARD, « Van Strydonck de Burkel, Victor (1876-1961) ». Nouvelle Biographie Nationale. 1. Brussels 1988 – Académie royale de Belgique. pp. 359-61 (avec des erreurs quant aux dates et quant à la mission du général).
  • Frank DECAT, “De Belgen in Engeland 40/45: de Belgische strijdkrachten in Groot-Brittannië tijdens WOII”. Tielt: Lannoo.

Sources d’information partiellement inexactes (minimisant le rôle des protagonistes ou tenant pour vraie la légende d’une « petite commission envoyée en Angleterre pour y trouver des chevaux ») :

  • GERARD-LIBOIS & José GOTOVITCH, « L’an 40 » – CRISP – Bruxelles 1971.
  • Jacques WANTY (1985), « Combattre avec la brigade Piron », éd. J.M. Collet 1985, pp. 50 et 51.
  • Luc DE VOS (2001), “The Reconstruction of Belgian Military Forces in Britain, 1940-1945” in Martin CONWAY & José GOTOVITCH (Eds.). “Europe in exile: European exile communities in Britain 1940-45” (1st ed.). New York, éd. Berghahn. pp. 81–99. ISBN1-57181-503-1.
  • Jacques WANTY, « La naissance des forces belges en Grande-Bretagne Tenby 1940 », GEGES AB 2057.
  • Hugues WANKIN, « Les moutons noirs de Piron (La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich) », éd. Weirich 2017, p. 29.